Suite à notre article à propos d’une éventuelle taxe sur la robotique et les intelligences artificielles qui paraîtra dans notre prochain numéro, nous avons rencontré Benoît Hamon, candidat à l’élection présidentielle, représentant le Parti socialiste. Son programme intègre cette notion de taxe sur les robots comme mesure phare de son programme.

Quelques jours après son grand meeting à l’AccorHotels Arena (anciennement Paris-Bercy), nous avons eu la possibilité de poser quelques questions à Benoît Hamon afin qu’il éclaircisse quelques points de son programme concernant la robotique et l’enseignement du numérique.

Planète Robots : Bonjour M. Benoît Hamon. Vous annoncez, dans votre programme, une contribution sociale sur les robots que nous avons évoquée dans nos pages dès 2014. Nos pistes de réflexion bloquaient sur une mise en place uniquement à l’échelle d’un État. Or, sur un plan international, comment retenir les industriels qui ont fait le choix de se robotiser pour qu’ils ne déménagent pas leur chaînes de production à l’étranger ?

Benoît Hamon : Avant tout, je souhaite saluer le travail fait par celles et ceux qui, comme vous, participent à la culture scientifique et technique du grand public. Tout comme les acteurs de la recherche et les Centres de culture scientifique et technique, vous contribuez à défricher le monde qui vient, tout en développant une culture critique.

La contribution sociale sur les robots en est un très bon exemple. Ma proposition, je le rappelle, contient deux termes : je souhaite créer une contribution sociale sur les robots d’une part, et je souhaite que cette contribution alimente un Fonds de Transition Travail (FTT). Sa fonction sera de créer autant d’emplois nouveaux que ceux qui disparaîtront, et de financer la formation des actifs à ces nouveaux métiers. Avec cette stratégie, notre pays prend de l’avance sur l’émergence et la requalification vers de nouveaux métiers des humains qui sont remplacés par des robots.

J’ajoute que cette mesure n’est pas désincitative pour les industriels : les entreprises dont la robotisation s’accompagne d’une augmentation des effectifs seront dispensées de cette contribution.

L’arrivée massive des outils numériques, comme la robotique, lance le débat de l’emploi face à la machine. © Steve Jurvetson.

PR : Avec une robotisation taxée, comment pensez-vous promouvoir ces nouveaux outils dans les chaînes de production, à l’heure où les entreprises non robotisées feront face à une concurrence de plus en plus forte ?

BH : La France est aujourd’hui un pays très attractif pour la modernisation de l’outil de production puisque nous disposons de très nombreux leviers pour accompagner la robotisation des chaînes de production : suramortissement pour les investissements productifs, amortissement exceptionnel des robots industriels, crédit d’impôt recherche, et d’autres encore. Donc la France est un pays propice aux « usines du futur ».

Cette contribution sociale sur les robots n’est donc pas destinée à empêcher les chaînes de production d’entamer leurs transitions technologiques. Pour autant, la substitution des robots aux êtres humains génère mécaniquement des « cotisations évitées ». La contribution sociale sur les robots vient donc s’appliquer sur la valeur ajoutée ainsi générée, pour permettre le financement de la transition des métiers et des hommes. C’est donc une mesure de justice sociale qui vise à redistribuer une partie des richesses produites pour permettre l’émergence d’un monde nouveau qui n’oublie pas l’être humain.

PR : À Planète Robots, nous pensons que l’accès aux nouveaux métiers passera presque obligatoirement par le numérique. Pensez-vous mettre en place une alphabétisation du numérique dans les écoles à travers de nouvelles matières et pourquoi pas l’intégration de fablabs dans les établissements scolaires ?

BH : Oui. La question du numérique doit être présente à l’école mais aussi tout au long de la vie. C’est pourquoi je veux m’appuyer sur les acteurs de la médiation numérique, présents partout sur le territoire métropolitain et les Outre-mer, pour que chacun puisse découvrir les usages numériques. C’est indispensable. Car pour être un citoyen et pas seulement un consommateur du progrès technologique, chacun doit pouvoir développer une réelle capacité à participer à une société dans laquelle le numérique est désormais omniprésent : dans les cadres professionnels, dans les rapports à l’administration et à l’économie, dans l’accès aux droits, dans l’éducation, dans les représentations du monde et les pratiques culturelles, dans les espaces civiques, dans les foyers et dans les loisirs, bref dans tous les actes de la vie. C’est l’enjeu de ce que l’on appelle la littératie numérique.

Mais la compréhension des enjeux du numérique et le développement d’usages responsables, supposent aussi la manipulation, la fabrication voire la réparation des objets comme des algorithmes. J’ai souvenir de cet atelier avec des robots Thymio : deux petits robots programmés, qui cheminent et finissent par se percuter. Les interrogations qui ont émergé du groupe d’élèves revenaient à poser l’épineuse question des responsabilités de chacun à l’ère des voitures autonomes. Bref de penser en conscience le monde qui vient. L’appropriation de questions numériques par toutes les générations est une condition pour « faire société » à l’ère numérique. Ce sera donc un sujet majeur pour la mandature qui vient. C’est pourquoi, je l’ai inscrit dans mes mesures prioritaires.

Propos recueillis par Frédéric Boisdron

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