Monsieur Bruno Bonnell, l’entrepreneur en robotique de service, a piloté pour Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, le plan robotique. Il est depuis devenu porte-parole du candidat d’En Marche ! et a accepté de répondre à nos questions.

Planète Robots : La robotisation de l’industrie fait peur à une large part de la population, craignant pour son emploi. Que proposez-vous pour apaiser cette peur qui pourrait déboucher sur de futurs conflits sociaux ?

Bruno Bonnell : L’avènement des machines à la fin du XVIIIe siècle a généré de vastes mouvements populaires craignant pour leur emploi. Le plus célèbre d’entre eux est celui des Luddites qui débuta à Nottingham en 1811 et qui a détruit les machines à tisser pour préserver l’emploi. Ce fut un mouvement violent qui progressivement se légalisa pour devenir une force de négociation pour améliorer le sort des ouvriers mais les métiers qu’ils voulaient protéger disparurent moins de dix ans plus tard. L’industrie du textile a, elle, connu des croissances spectaculaires jusqu’au milieu du XXe siècle générant des millions d’emplois nouveaux.

Pour apaiser les angoisses liées à la robotisation dans une entreprise, il faut une démarche pédagogique qui explique son intérêt, une attention à la requalification pour le personnel qui serait touché par leur mise en place et une vision élargie de leur impact sur la productivité et la compétitivité des entreprises. Dans le cadre du plan robotique, Robot Start PME donnait aux PME des subventions pour l’étude et des prêts bonifiés pour l’acquisition de leur premier Robot. 90% des entreprises ayant bénéficié de ce plan ont embauché du personnel supplémentaire en moins de six mois après l’installation de leur robot.

Une dernière remarque toutefois : ce n’est pas en taxant les robots pour un fonds de transition du travail fantôme que l’on va stimuler l’investissement en robotique. Dans le cadre global dans lequel nous opérons, ce serait dramatique. Il faut faire une fois pour toute le pari que nos concitoyens peuvent être responsables et comprendre que si certains emplois disparaissent, c’est au bénéfice d’autres qui émergent.

PR : Vous semblez miser sur l’avenir des cobots (robots collaboratifs). Comment comptez-vous inciter les industriels à investir dans la robotique et particulièrement la cobotique ?

BB : À l’instar du plan Robot Start PME, soutenir les financements privilégiés dans le cadre d’investissements en robotique devra être poursuivi. La voie de la relocalisation pour certaines industries peut s’ouvrir et c’est une première source de dynamisme économique. La BPI continuera son incroyable soutien à la modernisation de notre industrie. Je pense également que la France peut devenir une grande nation de l’intégration robotique. Nous pouvons nous attendre à ce que des sociétés d’ingénierie françaises se structurent pour robotiser la planète.

En ce qui concerne la cobotique, elle est l’essence même de la collaboration nouvelle entre l’homme et la machine savante. Elle est l’outil autonome qui soulage et assiste le technicien de demain. Démontrer leur cohérence par l’exemple est la meilleure des méthodes pour faire bouger les lignes.

Bruno Bonnell, entrepreneur en robotique de service et porte-parole d’Emmanuel Macron.

PR : Pensez-vous mettre en place une alphabétisation du numérique dans les écoles à travers de nouvelles matières et pourquoi pas l’intégration de fablabs dans les établissements scolaires ?

BB : La génération des digital natives est déjà courante en langue numérique ou en tout cas en maîtrise la majorité des codes. Il faudra bien sûr compléter cette expérimentation par des connaissances acquises dans un cadre plus formel comme l’école. Ces initiatives sont laissées à l’appréciation des établissements dans le cadre d’une autonomisation de certains programmes pédagogiques. Pour ce qu’il est des fablabs, ils dépendent des allocations budgétaires données aux responsables de technologies dans les établissements et leur mise en place se fera progressivement, comme les ordinateurs se sont banalisés dans les établissements en une dizaine d’années.

Il faut dans tous les cas faire confiance à cette génération déroutante pour les plus anciens qui prendra les rênes industrielles dans quelques années et insufflera à nouveau une dynamique de croissance parce qu’elle a déjà changé de référentiel.

Propos recueillis par Frédéric Boisdron

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